Haïti, une puissance culturelle à mieux faire rayonner

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Rencontre consacrée au rayonnement culturel d’Haïti

1er août 2026 – Tremblay-en-France – Événement Hespwa

Du 31 juillet au 2 août 2026, l’association HESPWA organisait, avec le soutien de la Ville de Tremblay-en-France, un Week-end créatif consacré à Haïti.

Invité à prendre la parole le 1er août à la Maison du Monde, j’ai choisi de poser une question simple : comment mieux faire connaître la puissance culturelle d’Haïti, au-delà des cercles qui la connaissent et la célèbrent déjà ?

Pour introduire mon propos, je suis parti d’un texte de Jean Métellus dans lequel il proclame son admiration passionnée pour son pays et pour les capacités créatrices du peuple haïtien.

Cette déclaration, volontairement lyrique, conduisait à une autre interrogation : pourquoi la contribution d’Haïti à l’histoire, aux sciences, aux arts et à la pensée demeure-t-elle encore si insuffisamment connue ?

Repères

Date de l’intervention : 1er août 2026

Lieu : Maison du Monde, Tremblay-en-France

Événement : Week-end créatif consacré à Haïti, du 31 juillet au 2 août

Organisation : association HESPWA, avec le soutien de la Ville de Tremblay-en-France

Exposition : Demen limyè jayi, de Jessica Lundi-Léandre

Thème de l’intervention : le rayonnement culturel d’Haïti

Fil conducteur : mieux faire connaître les contributions historiques et la création contemporaine haïtiennes, en France et au-delà

Sortir la culture haïtienne de l’entre-soi

La culture haïtienne est d’une richesse exceptionnelle. Elle possède une histoire, une littérature, une peinture, une musique et une capacité de création qui lui ont donné une place singulière dans le monde.

Pourtant, en France, sa présentation demeure parfois trop confidentielle. Elle circule dans des espaces culturels, universitaires, associatifs ou diasporiques fréquentés par des personnes qui la connaissent déjà.

Le risque est alors de construire, presque malgré nous, une culture réservée aux initiés.

Il ne s’agit pas d’abaisser le niveau d’exigence ni de simplifier artificiellement les œuvres. Il s’agit de créer davantage de portes d’entrée, de raconter les parcours, d’expliquer les références et de permettre à des publics plus larges de comprendre ce qu’Haïti a apporté et continue d’apporter au monde.

Un événement organisé à Tremblay-en-France prend ici tout son sens. La culture haïtienne quitte les seuls lieux spécialisés pour entrer dans un espace municipal, ouvert aux habitants, aux familles et à des visiteurs qui ne l’auraient peut-être pas rencontrée autrement.

Le rayonnement commence par cette capacité à aller vers les autres.

Faire connaître les traces haïtiennes dans l’histoire mondiale

Depuis mon enfance, j’éprouve une forme de frustration devant la faible place accordée aux grandes contributions haïtiennes. Elles sont pourtant présentes dans des pans majeurs de l’histoire française et américaine.

Alexandre Dumas, l’un des écrivains français les plus lus dans le monde, était le fils du général Thomas-Alexandre Dumas, né à Saint-Domingue d’un noble français et d’une femme noire réduite en esclavage. Général de la Révolution française, son parcours exceptionnel fut notamment remis en lumière par Claude Ribbe dans Le Diable noir.

Jean-Baptiste Pointe du Sable, né à Saint-Marc, est reconnu comme le fondateur de Chicago. Commerçant et pionnier, il établit au XVIIIe siècle un comptoir qui devint le point de départ d’une implantation permanente sur le site de la future ville.

François Fournier de Pescay, médecin et chirurgien d’ascendance haïtienne, compte également parmi les pionniers noirs de la médecine française. Son portrait est aujourd’hui conservé au musée du Service de santé des armées, au Val-de-Grâce.

Ces trajectoires rappellent que l’histoire d’Haïti ne se limite pas aux frontières du pays. Elle irrigue depuis longtemps l’histoire de la France, des Amériques et du monde.

Les faire connaître ne relève pas d’une recherche de prestige. Il s’agit de restituer à l’histoire sa véritable profondeur et de permettre aux jeunes générations de comprendre qu’elles héritent aussi de ces parcours.

Redonner leur place aux héroïnes haïtiennes

Le rayonnement culturel suppose également de transmettre la mémoire de figures féminines encore trop souvent oubliées.

Marie-Jeanne Lamartinière s’illustra par son courage lors de la bataille de la Crête-à-Pierrot. Jean Métellus lui rend hommage dans Visages de femmes, la décrivant debout sur les murailles, le sabre au côté et le fusil à la main, encourageant les défenseurs.

Marie-Sainte Dédée Bazile, dite Défilée la Folle, occupe elle aussi une place singulière dans la mémoire nationale. Après l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines, elle recueillit les restes de l’Empereur afin qu’une sépulture puisse lui être donnée.

Faire connaître ces femmes, c’est restituer à l’histoire haïtienne toute sa profondeur et rappeler que les femmes ont pleinement participé à la conquête et à la défense de la liberté.

Cette nécessité de rendre visibles les femmes rejoint directement le travail présenté à Tremblay-en-France par Jessica Lundi-Léandre.

Jessica Lundi-Léandre : peindre les présences oubliées

L’exposition Demen limyè jayi constituait l’un des fils majeurs de ce Week-end créatif.

À travers une série de peintures consacrées à la Révolution haïtienne et à la naissance de la première République noire, Jessica Lundi-Léandre met en lumière des femmes trop souvent laissées à la marge des grands récits historiques.

Son travail ne consiste pas simplement à illustrer l’histoire. Il interroge la manière dont celle-ci est construite, transmise et représentée.

Les femmes mises en esclavage ne furent pas seulement les témoins d’une révolution conduite par des hommes. Elles en furent aussi des actrices, des résistantes, des combattantes et des passeuses.

En leur redonnant des visages et une présence, Jessica Lundi-Léandre accomplit un geste artistique, mais aussi un travail de transmission.

Cette exposition montrait très concrètement ce que je cherchais à exprimer dans mon intervention : le patrimoine reste vivant lorsque de nouveaux artistes s’en emparent, déplacent le regard et permettent à d’autres publics de le découvrir.

Jessica Lundi-Léandre

Mettre en lumière la création contemporaine

Le patrimoine haïtien n’appartient pas seulement au passé.

Il se prolonge dans une jeunesse qui écrit, prend la parole, crée des images, invente de nouveaux formats et construit des projets.

J’ai évoqué plusieurs jeunes figures rencontrées ou accompagnées au cours des derniers mois.

Abigaïl Alexandre, venue de Jacmel, a remporté la finale internationale d’Eloquentia avant de poursuivre, avec Golden Team Haïti, son engagement en faveur de l’éducation et du numérique.

Ariana Lafond contribue, par son travail et sa présence, à faire connaître la culture haïtienne auprès de nouveaux publics.

Brééna Rose Anadini Bélizaire, lauréate 2025 du Prix Jean Métellus, porte avec Déesses de l’exil – Ce que le patriarcat n’a pas tué une voix poétique consacrée aux blessures, aux résistances et aux paroles trop longtemps étouffées des femmes.

À leurs côtés, Jessica Lundi-Léandre montre comment la peinture peut relire l’histoire et en révéler les figures oubliées.

Ces parcours sont différents, mais ils portent une même promesse : une jeunesse haïtienne et franco-haïtienne capable d’assumer son héritage sans y être enfermée.

Le soft power haïtien existe déjà. Notre responsabilité est de lui donner davantage de visibilité, de continuité et de moyens.

Jessica Lundi-Léandre et Olivier Métellus

Tout peut commencer par la poésie

Une initiative culturelle apparemment modeste peut devenir le premier maillon d’une chaîne beaucoup plus large.

Le Concours de poésie Jean Métellus organisé à Bonneuil-sur-Marne a contribué à créer des rencontres entre écrivains, jeunes talents, associations, élus et acteurs de la diaspora.

De la poésie peuvent naître des liens institutionnels. D’une rencontre peut venir une coopération. D’un échange avec de jeunes entrepreneurs haïtiens peuvent naître une visite au Sénat ou un dialogue avec des acteurs français de l’éducation et du numérique.

Un prix littéraire peut permettre à un manuscrit de devenir un livre. Une exposition municipale peut donner à une jeune artiste une nouvelle visibilité en Île-de-France. Une prise de parole peut conduire un spectateur à découvrir une figure historique ou une œuvre qu’il ignorait.

C’est ainsi que je conçois la diplomatie culturelle : une démarche patiente, faite de transmission, de croisements et de passerelles, qui transforme progressivement la reconnaissance culturelle en possibilités d’action.

Faire circuler plutôt que simplement célébrer

Il est naturellement important de célébrer Haïti, son indépendance, ses héroïnes, ses artistes et son patrimoine.

Mais la célébration ne suffit pas.

Faire rayonner une culture suppose de la documenter, de la rendre accessible, de soutenir celles et ceux qui la créent et de construire des liens avec les écoles, les bibliothèques, les musées, les collectivités, les médias et les institutions.

Cela suppose également de sortir d’une communication destinée uniquement à la diaspora.

La culture haïtienne peut parler à tous. Son histoire de liberté, ses questionnements sur l’identité et l’exil, sa littérature, sa peinture et sa musique ont une portée universelle.

L’enjeu n’est donc pas seulement de mieux faire connaître Haïti aux Haïtiens. Il est de permettre à Haïti de prendre toute sa place dans les imaginaires et les récits du monde.

Rendre visible une richesse qui existe déjà

Je remercie l’association HESPWA et la Ville de Tremblay-en-France pour leur invitation et pour l’organisation de ce Week-end créatif.

Je remercie également les artistes, les intervenants, les bénévoles et le public avec lesquels j’ai eu le plaisir d’échanger.

Cette journée m’a conforté dans une conviction :

Le rayonnement d’Haïti ne dépend pas de l’invention d’un nouveau récit, mais de notre capacité à rendre visible toute la richesse de celui qui existe déjà.

Faire rayonner Haïti, c’est relier les héritages aux talents du présent.

C’est transmettre les figures du passé sans les figer, soutenir les jeunes générations et montrer que la culture haïtienne, profondément enracinée dans son histoire, continue de parler au monde.

Cette publication présente les grandes lignes de mon intervention et non la retranscription intégrale de mon propose les grandes lignes de mon intervention et non la retranscription intégrale de mon propos.

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