30 octobre 2026 – Le Nouvelliste – Tribune
Il y a dix mois, à la Maison de l’Amérique latine, l’Association des Amis de Jean Métellus demandait si une machine pouvait nous émouvoir. Depuis, la question s’est retournée : on demande désormais à des machines si un écrivain a vraiment écrit. J’ai voulu le dire dans Le Nouvelliste, le quotidien de Port-au-Prince : les littératures haïtiennes ne doivent pas payer le prix de ce retournement.
Ce que dit la tribune
L’affaire qui a touché un premier roman de la rentrée littéraire n’est pas mon sujet : elle en est le symptôme. Je ne suis ni juge ni avocat. Je m’inquiète en revanche de voir des outils statistiques, jamais éprouvés sur le français d’Haïti et des Caraïbes, entrer dans des décisions qui engagent une œuvre et un nom. Nos écritures répètent, scandent, laissent affleurer le créole : ces traits, qui ont fait la grandeur de nos lettres, ne doivent pas devenir des « signes de machine ».
J’y propose trois engagements :
- un score de détecteur n’est pas une preuve : un soupçon ouvre un examen, il ne rend pas un verdict ;
- la transparence plutôt que la suspicion : un auteur qui a travaillé avec une IA doit pouvoir le dire ;
- éprouver ces outils sur nos propres textes, écrits bien avant l’IA générative. L’AAJM s’engage à en présenter publiquement les résultats, et j’invite universités, chercheurs et éditeurs d’Haïti et de la diaspora à nous rejoindre.
Lire et poursuivre
- Lire la tribune dans Le Nouvelliste (English version)
- Ma prise de position : IA, littérature et voix francophones
Nous reposerons la question le lundi 14 décembre 2026, 19h00–20h30, à la Maison de l’Amérique latine, pour l’Acte II d’IA et Littérature. Programme et inscription à venir.