Au début du mois de juillet 2026, j’ai eu la joie d’accueillir à Paris une délégation de Golden Team Haïti composée d’Abigaïl Alexandre, Wagens Jean-Louis, Remontas Demervil et Johane Alexandre.
Leur séjour s’est déroulé en partie dans la maison de Jean et Anne-Marie Métellus, celle où j’ai grandi. Les recevoir dans ce lieu n’était pas un geste anodin : c’était inscrire leur énergie, leurs projets et leur confiance dans une maison de mémoire, de littérature et de transmission.
Mais accueillir ne consiste pas seulement à offrir un toit. C’est aussi ouvrir des portes, provoquer des rencontres et créer les conditions pour qu’un séjour puisse devenir un accélérateur.
Repères
Période : juillet 2026
Lieux principaux : maison de Jean et Anne-Marie Métellus, La Coupole, La Créole, Sénat et différents lieux de rencontres à Paris
Délégation : Abigaïl Alexandre, Wagens Jean-Louis, Remontas Demervil et Johane Alexandre
Projets présentés : Oze Numérique et TruVoice
Rôle : accueil, organisation de rencontres, mise en relation et accompagnement de la délégation
Fil conducteur : jeunesse, éducation, numérique, entrepreneuriat et transmission
Accueillir dans un lieu de mémoire
Abigaïl Alexandre avait déjà marqué notre histoire récente. Venue de Jacmel, elle avait remporté quelques mois plus tôt la finale internationale d’Eloquentia à la Seine Musicale. Sa présence dans la maison familiale créait un lien particulièrement fort entre la jeunesse haïtienne d’aujourd’hui et la mémoire de Jean Métellus.
Avec l’Association des Amis de Jean Métellus, nous cherchons précisément à faire vivre cette mémoire comme une force de transmission, et non comme un héritage immobile.
Dans la maison, Abigaïl a découvert les livres, les œuvres et les traces d’une histoire familiale et littéraire. Elle a également pu rencontrer, « via son livre », Brééna Rose Anadini Bélizaire, lauréate 2025 du Prix Jean Métellus et autrice de Déesses de l’exil – Ce que le patriarcat n’a pas tué.

Cette rencontre intellectuelle entre deux jeunes femmes haïtiennes, l’une reconnue pour son éloquence et son engagement, l’autre pour son écriture, résumait déjà une partie du sens de ce séjour : relier les talents, les générations et les chemins de transmission.

Faire converger les initiatives utiles
Le 8 juillet, j’ai organisé à La Coupole plusieurs rencontres autour d’un même fil conducteur : faire converger des initiatives susceptibles de servir concrètement l’éducation, la jeunesse et le développement d’Haïti.
Abigaïl Alexandre et Wagens Jean-Louis ont présenté Oze Numérique, projet porté avec Golden Team Haïti pour favoriser la formation et l’insertion des jeunes Haïtiens dans les métiers du numérique, mais aussi contribuer à l’utilisation d’outils numériques dans l’éducation.
La rencontre avec Josette et Jean-Claude Bruffaerts-Thomas était particulièrement naturelle. À travers Haïti Futur, ils sont engagés depuis de nombreuses années dans le déploiement de tableaux numériques, la production de contenus pédagogiques et la formation des enseignants en Haïti.
Cet échange a permis de rapprocher l’expérience déjà acquise par Haïti Futur et l’énergie d’une nouvelle génération souhaitant développer Oze Numérique.
Une autre rencontre a réuni la délégation avec Suzette Noël, dont l’association Rêvons pour Haïti agit dans les domaines de l’éducation, de la solidarité et de l’autonomie des femmes, ainsi qu’avec Mitsfaille Anfray, fondatrice de Vetihkam, initiative entrepreneuriale valorisant le vétiver haïtien.
Ces échanges illustraient plusieurs manières complémentaires d’agir : transmettre des savoirs, déployer des outils éducatifs, soutenir l’entrepreneuriat et mieux valoriser les ressources du pays.
La journée s’est poursuivie à La Créole, toujours dans cet esprit de dialogue et de mise en relation.

Présenter des projets au Sénat
Le 13 juillet, j’ai eu l’honneur d’organiser au Sénat une rencontre pour la délégation, accueillie par la sénatrice Micheline Jacques et Murielle Jalton.
Abigaïl Alexandre et Wagens Jean-Louis y ont présenté Oze Numérique et leur volonté d’ouvrir à la jeunesse haïtienne de nouvelles perspectives de formation, de compétences et d’insertion professionnelle.
Remontas Demervil a, pour sa part, présenté TruVoice, son entreprise implantée dans le secteur des centres d’appels en Haïti. Son projet mettait en évidence les possibilités de création d’emplois et de développement de compétences offertes par ce secteur.
Après les présentations, la délégation a pu visiter le Palais du Luxembourg et son hémicycle aux côtés de la sénatrice Micheline Jacques.
Le prestige du lieu avait naturellement son importance, mais l’essentiel se trouvait ailleurs : dans la possibilité donnée à de jeunes porteurs de projets haïtiens de faire entendre directement leurs ambitions et de présenter ce qu’ils construisent.

Une chaîne de confiance commencée à Jacmel
Cette rencontre était l’aboutissement provisoire d’une chaîne humaine commencée bien auparavant.
À Jacmel, Alix Olivier, créateur des Ateliers Jean Métellus, œuvre depuis des années au service du théâtre, de la parole et de la jeunesse. C’est par son intermédiaire que j’ai rencontré Wagens Jean-Louis, puis découvert Golden Team Haïti et l’engagement d’Abigaïl Alexandre.
Au mois de mai, à l’occasion de la venue à Bonneuil-sur-Marne de la délégation municipale de Jacmel, j’avais déjà eu la fierté de contribuer, grâce au sénateur Akli Mellouli, à l’accueil au Sénat de la mairesse Loudie César et de ses adjoints Steve Lubin et Evince Obel.
Deux mois plus tard, avec l’aide de Murielle Jalton, une nouvelle délégation jacmélienne franchissait à son tour les portes du Palais du Luxembourg.
Ces accueils ne constituent jamais un dû. Ils sont une chance, un honneur et une responsabilité : celle de mettre les relations et les possibilités dont nous disposons au service de projets qui méritent d’être entendus.
Multiplier les rencontres, même loin des photographies
Le séjour a également permis à la délégation de rencontrer Jean-Marie Théodat, directeur de l’Institut de géographie de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Anne-Louise Mesadieu, vice-présidente de la Région Île-de-France, ainsi que plusieurs personnalités de la communauté haïtienne en France.
J’ai aussi organisé des rencontres privées autour de tables réunissant des acteurs associatifs, des entrepreneurs, des universitaires et des écrivains.
Peu de photographies en témoignent, mais beaucoup de liens ont été créés. Les coopérations durables naissent souvent ainsi : dans l’écoute, la confiance, la conversation et le temps accordé à l’autre.
La rencontre avec le capitaine Patrick Dorcelus, autour de son projet de croisière Hispaniola sur la Seine, fut un autre moment fort de cette semaine.
Chaque échange ouvrait un nouvel horizon : éducation, numérique, emploi, culture, entrepreneuriat, université ou rayonnement de la communauté haïtienne.
Accueillir, c’est ouvrir des portes
Lorsque la délégation a repris le chemin d’Haïti, la maison de Jean et Anne-Marie Métellus a retrouvé son calme, mais le séjour avait laissé une trace.
Leurs mots de remerciement m’ont profondément touché. On pense accueillir ; on découvre souvent que l’on a soi-même énormément reçu.
Ce séjour résume assez bien le rôle que je souhaite continuer à tenir : créer les conditions de la confiance, faire circuler les expériences, relier les générations et permettre aux bonnes personnes de se parler au bon moment.
Ma chance n’est pas seulement de pouvoir ouvrir certaines portes. Elle est surtout de connaître des femmes et des hommes dont les projets méritent qu’elles s’ouvrent.
Entre Jacmel, Haïti et Paris, c’est cette chaîne de confiance, d’amitié et de transmission que je souhaite continuer à servir.
Accueillir. Relier. Transmettre.
