Panel « Diplomatie culturelle : un levier de développement, de coopération et de rayonnement au service du soft power »
Le 3 juillet 2026, j’ai eu l’honneur d’intervenir à la Maison de l’UNESCO, à Paris, lors de la quatrième édition de la Journée internationale de la femme africaine et afrodescendante — JIFA 2026.
Cette journée, organisée autour du thème « Transmettre pour exister : héritage, création et pouvoir culturel », mettait à l’honneur les femmes engagées dans les industries culturelles et créatives. Haïti en était le pays d’honneur, aux côtés de la République démocratique du Congo et de la Guadeloupe, respectivement pays et territoire invités.
J’ai participé au panel intitulé « Diplomatie culturelle : un levier de développement, de coopération et de rayonnement au service du soft power ».
Prendre place, comme seul homme, dans une journée consacrée aux femmes africaines et afrodescendantes imposait d’abord une attitude : écouter, apprendre, reconnaître et transmettre avec justesse.
Repères
Date : 3 juillet 2026
Lieu : Maison de l’UNESCO, Paris
Événement : quatrième Journée internationale de la femme africaine et afrodescendante — JIFA 2026
Thème général : « Transmettre pour exister : héritage, création et pouvoir culturel »
Panel : « Diplomatie culturelle : un levier de développement, de coopération et de rayonnement au service du soft power »
Modération : Rachel Sumbu
Copanélistes : Dre Maryse Saint-Pierre Cyprien et Dr Chantal Yelu Mulop
Pays à l’honneur : Haïti
Rôle : panéliste, avec un regard porté depuis la société civile, la diaspora et l’expérience de l’Association des Amis de Jean Métellus
Trois voix autour de la diplomatie culturelle
J’ai eu le privilège de partager ce panel avec deux femmes dont les interventions ont donné toute sa profondeur à l’échange.
La Dre Maryse Saint-Pierre Cyprien a porté le regard d’Haïti, de la diplomatie multilatérale et de l’UNESCO.
La Dr Chantal Yelu Mulop a apporté une parole forte et engagée, nourrie par l’action publique, la jeunesse et la protection des femmes. Ma proximité ancienne avec la famille Dzokanga rendait ce lien avec le Congo particulièrement touchant pour moi.
Rachel Sumbu a assuré une modération fluide, exigeante et profondément humaine. Elle a permis à nos trois regards de dialoguer sans se confondre.
Cette complémentarité était précieuse : une parole issue des institutions internationales, une expérience de l’action publique africaine et mon propre regard, construit à partir de la société civile, de la diaspora et de la transmission culturelle.

Prendre place en homme dans une journée consacrée aux femmes
Ma présence comme seul homme du panel n’était pas anodine.
Je ne venais pas expliquer aux femmes ce que devait être leur place. Je venais témoigner d’une conviction : les hommes ont également une responsabilité dans la reconnaissance, la transmission et la mise en valeur des voix féminines.
Cette responsabilité commence par l’écoute. Elle suppose aussi de savoir ouvrir des espaces, accompagner les talents et refuser que la parole des femmes soit minorée, interrompue ou rendue invisible.
Le travail conduit autour du Prix Jean Métellus en offre une illustration concrète. En 2025, le Prix a distingué Brééna Rose Anadini Bélizaire pour Déesses de l’exil – Ce que le patriarcat n’a pas tué, une œuvre consacrée aux blessures, aux résistances et aux paroles trop longtemps étouffées des femmes haïtiennes.
Quelques mois plus tôt, Abigaïl Alexandre, venue de Jacmel, avait remporté la finale internationale d’Eloquentia. Par la poésie comme par l’éloquence, ces jeunes femmes montrent que transmettre, c’est aussi donner à une nouvelle génération les moyens de prendre la parole et de se tenir debout.
Un engagement né de la transmission
Mon engagement dans la diplomatie culturelle est d’abord né d’une responsabilité familiale et morale : contribuer à préserver et à transmettre l’œuvre de mon père, Jean Métellus, médecin, linguiste, écrivain et poète haïtien.
Mais faire vivre une œuvre ne consiste pas seulement à entretenir un souvenir.
Il faut permettre à de nouveaux lecteurs de la découvrir, susciter des rencontres, encourager la création contemporaine et inscrire cet héritage dans les interrogations du présent.
L’action de l’Association des Amis de Jean Métellus s’est ainsi progressivement élargie : rencontres littéraires, concours et prix de poésie, partenariats avec des villes et des institutions, dialogue avec Haïti et mise en relation de générations et de territoires différents.
La mémoire devient alors un point de départ. Elle permet de construire, de transmettre et de préparer l’avenir.
La société civile, trait d’union indispensable
La diplomatie culturelle ne peut pas relever uniquement des États.
Les associations, les artistes, les intellectuels, les enseignants, les fondations, les médias et les diasporas disposent d’une connaissance du terrain et d’une capacité d’initiative irremplaçables.
La société civile identifie des talents, fait émerger des projets et crée des relations humaines avant même que les institutions ne s’en saisissent. Elle est souvent le lieu où s’établit la confiance indispensable à toute coopération durable.
Elle doit donc être pleinement associée à la définition et à la mise en œuvre des politiques culturelles, et non simplement sollicitée une fois les décisions prises.
La diaspora occupe, dans ce dispositif, une position particulière. Elle connaît plusieurs territoires, plusieurs cultures et souvent plusieurs manières de nommer les mêmes réalités. Elle peut traduire, rapprocher et faciliter les passages, à condition de rester attentive aux besoins exprimés par les acteurs locaux.
De la poésie à la coopération territoriale
Une initiative culturelle apparemment modeste peut produire des effets très concrets.
Le Concours de poésie Jean Métellus organisé à Bonneuil-sur-Marne a contribué à renforcer les relations entre Bonneuil et Jacmel, ville natale de l’écrivain.
À partir de la littérature et de la mémoire, des passerelles ont été créées entre associations, collectivités, jeunes talents et représentants institutionnels. Cette dynamique a conduit, en mai 2026, à l’accueil à Bonneuil-sur-Marne d’une délégation de la mairie de Jacmel.
Les échanges ont alors pu s’ouvrir à d’autres domaines : l’éducation, la jeunesse, les services publics, les infrastructures, l’environnement et les projets de territoire.
La culture n’est donc pas située à côté du développement. Elle peut en être le point de départ, parce qu’elle crée une reconnaissance mutuelle et rend possibles des coopérations qui n’auraient peut-être pas vu le jour autrement.
Dépasser la culture événementielle
La société civile demeure toutefois confrontée à plusieurs difficultés : manque de moyens, dispersion des initiatives, reconnaissance institutionnelle insuffisante et difficulté à inscrire les projets dans la durée.
Il faut également dépasser une vision de la culture réduite à l’événementiel.
Une rencontre peut être belle, produire de l’émotion et rassembler un public. Mais si elle ne laisse ni trace, ni relation durable, ni possibilité de prolongement, son effet risque de s’épuiser rapidement.
Pour devenir un véritable levier d’influence et de développement, une initiative culturelle doit être accompagnée, structurée, documentée et reliée à une stratégie.
C’est aussi pour cette raison que je tiens à conserver sur ce site les grandes lignes de mes interventions : non pour reproduire intégralement les discours prononcés, mais pour garder une trace des idées, des engagements et des rencontres qu’ils ont permis de faire émerger.
Reprendre la maîtrise de nos récits
Haïti, comme de nombreux pays africains, est trop souvent racontée presque exclusivement à travers ses crises.
Ces réalités ne doivent pas être cachées, mais elles ne peuvent résumer un pays et son peuple.
Nous devons soutenir les médias culturels, former de nouveaux passeurs, donner davantage de visibilité aux créateurs et permettre aux jeunes générations de raconter elles-mêmes leur histoire.
Reprendre la maîtrise de nos récits ne signifie pas substituer une image artificiellement positive à une image négative. Cela signifie restituer toute la profondeur et toute la diversité du réel.
Voir Haïti mise à l’honneur dans ce cadre international avait ainsi une résonance particulière. C’était donner à voir un pays de création, de résistance, de pensée et de transmission.

Reconnaître les parcours
La journée ne fut pas seulement consacrée aux échanges et aux tables rondes. Elle permit également de reconnaître des femmes dont l’engagement produit des transformations concrètes.
Béatrice Louissaint fut notamment mise à l’honneur pour son action au service des communautés, de l’entrepreneuriat et d’un développement plus inclusif.
Elle ne participait pas à notre panel, mais sa distinction s’inscrivait pleinement dans l’esprit de la journée : reconnaître des trajectoires qui associent leadership, service et transmission.
Faire de la transmission une force d’avenir
Je remercie Isabelle Kancel, Bintou Doumbia et le Collectif Femmes Unies pour leur invitation, leur confiance et l’ambition donnée à cette quatrième édition de la JIFA.
Je remercie également Rachel Sumbu, la Dre Maryse Saint-Pierre Cyprien et la Dr Chantal Yelu Mulop pour la qualité de notre échange.
La culture devient une force de diplomatie lorsqu’elle ne se contente pas de représenter un pays, mais qu’elle crée de la confiance, des relations et des possibilités d’action.
Aux institutions revient la responsabilité de construire un cadre, de soutenir les projets et de leur donner de la continuité. Aux associations, aux artistes et aux diasporas revient la capacité de faire émerger des initiatives, de relier les personnes et de maintenir vivante la transmission.
Transmettre, ce n’est pas seulement préserver ce qui nous précède.
C’est donner aux générations qui viennent les moyens d’exister, de parler et d’agir.

Cette publication présente les grandes lignes de mon intervention et non la retranscription intégrale de mes propos lors du panel.
À lire sur le web


