D’un écran à une table : une semaine où Haïti crée des ponts

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30 septembre – 4 octobre 2026 – Paris – Cinéma, institutions, gastronomie et diplomatie culturelle

En quelques jours, Haïti s’est présentée sous plusieurs visages : celui du cinéma à travers Jacmel, celui des institutions et de la diaspora, puis celui des saveurs, des savoir-faire et des territoires au SAGASDOM.

Ces séquences pourraient sembler très différentes.

Elles racontent pourtant quelque chose de commun : la manière dont une culture circule, crée des relations et construit des passerelles.

De Jacmel à Paris, par le cinéma

Le mercredi 30 septembre, à l’invitation de l’Ambassade d’Haïti en France, j’ai assisté au Centre Wallonie-Bruxelles à la projection de Marie Madeleine, le nouveau film de Gessica Généus.

Jacmel y occupe une place particulière.

La mer, les rues, les couleurs, les paysages et les croyances ne constituent pas simplement un décor. Ils accompagnent le récit et donnent au film une profondeur singulière.

Pour moi, retrouver ainsi Jacmel sur un écran parisien avait naturellement une résonance particulière.

Bohio Ayiti a très justement souligné, dans sa présentation du film, cette présence presque charnelle de la ville.

Au-delà du récit lui-même, ce type de création rappelle combien le cinéma peut faire connaître un territoire autrement : par ses lumières, ses voix, ses contradictions et son imaginaire.

vant-première de Marie Madeleine de Gessica Généus au Centre Wallonie-Bruxelles, Paris.

La diaspora, autre dimension du lien avec Haïti

Deux jours plus tard, l’Ambassade d’Haïti en France recevait une délégation du Conseil électoral provisoire – CEP, présente en France dans le cadre des réflexions engagées autour d’une expérience pilote de participation électorale de la diaspora.

J’avais été convié à cette rencontre, à laquelle je n’ai finalement pas pu assister.

Je tiens néanmoins à en conserver la trace dans cette séquence.

La présence d’une délégation du CEP en France rappelle que la diaspora n’est pas seulement un espace culturel, familial ou économique. Elle pose également la question de la relation civique entre Haïti et celles et ceux qui vivent hors de ses frontières.

Le CEP indique que sa mission française vise précisément à poursuivre les échanges avec les autorités françaises et les organisations de la diaspora en vue de cette participation.

SAGASDOM : Haïti, terre de saveurs et bien davantage

Le principal rendez-vous de cette semaine restait cependant le SAGASDOM, dont la dixième édition se tenait du 2 au 4 octobre au Pavillon de Gravelle avec Haïti comme pays invité d’honneur.

Le salon revendique lui-même une ambition qui dépasse largement la seule gastronomie : culture, transmission, entrepreneuriat, innovation et rencontres professionnelles y sont associés aux saveurs et aux territoires. Sagasdom

Quelques semaines auparavant, j’avais déjà assisté à sa conférence de presse à l’Hôtel de Ville de Paris.

Cette inauguration prenait pour moi une signification supplémentaire : l’invitation m’était venue notamment d’Isabelle Kancel, et l’Ambassade d’Haïti m’avait également convié au salon.

Avec Isabelle Kancel au SAGASDOM. Derrière nous : « 10 ans de transmission, une nouvelle ambition ».

Des rencontres qui se prolongent

Cette photographie avec Isabelle Kancel résume une partie importante de cette séquence.

Isabelle est l’un des piliers du Collectif Femmes Unies. C’est notamment à travers le Collectif et son invitation à la Journée internationale de la femme africaine et afrodescendante – JIFA, organisée à l’UNESCO en juillet, que de nouvelles rencontres et de nouveaux espaces de dialogue se sont ouverts au cours des derniers mois.

J’avais alors participé à un panel consacré à la diplomatie culturelle, au développement, à la coopération et au soft power. Cette journée avait déjà placé la transmission au cœur des échanges.

De la JIFA à la conférence de presse du SAGASDOM, puis au salon lui-même, les liens se sont poursuivis.

C’est une manière très concrète de constater qu’une rencontre peut en entraîner une autre lorsque la confiance s’installe.

Le Pavillon de Gravelle au premier jour du SAGASDOM 2026.

Au fil de la journée, j’ai ainsi retrouvé Patrick Loger, après les échanges engagés au Mondial du Rhum, mais aussi Sabrina Larmaillard (Comité Miss Outre-Mer), rencontrée dans ce même cadre.

J’ai également pu poursuivre avec Marie Sauce-Bourreau une conversation amorcée autrement : je l’avais d’abord vue intervenir lors de la conférence de presse du SAGASDOM à l’Hôtel de Ville avant de pouvoir cette fois échanger directement avec elle.

Il ne s’agit pas d’aligner des rencontres.

Ce qui m’intéresse davantage est leur continuité : des personnes croisées dans des univers différents se retrouvent autour de questions communes de territoire, de culture, de transmission ou d’entrepreneuriat.

Haïti : agriculture, territoire, partenariats

Les stands haïtiens donnaient une traduction très concrète de cette diversité.

« Haïti – Terre de Saveurs » affichait aussi quatre mots simples :

Lakay. Kilti. Rasin Nou. Respè.

La maison. La culture. Nos racines. Le respect.

Haïti – Terre de Saveurs : gastronomie, culture et transmission au SAGASDOM.

À quelques mètres, Bohío Kiskeya – Maison de la terre haïtienne mettait en avant trois autres notions :

Agriculture. Territoire. Partenariats.

Son projet vise à soutenir l’agriculture et les producteurs haïtiens en créant des liens avec les circuits commerciaux.

La gastronomie rejoint alors directement les enjeux de production, de développement et de souveraineté.

Bohío Kiskeya : de la terre haïtienne aux circuits de valorisation et de distribution.

Quand les saveurs deviennent des passerelles

Le numéro spécial de France-Antilles, distribué sur place, mettait lui aussi l’accent sur cette évolution.

Dans un entretien publié à l’occasion de cette dixième édition, Marina Marville, nouvelle directrice générale du SAGASDOM, associait ses ambitions à trois dimensions : transmission, ouverture internationale et opportunités économiques.

Elle résumait également son projet par une formule : le SAGASDOM doit désormais « créer des ponts avec le monde ». martinique.franceantilles.fr

France-Antilles, 2 octobre 2026 : Marina Marville présente les nouvelles ambitions du SAGASDOM.

Cette notion de ponts rejoint très directement ce que j’observe depuis plusieurs mois.

Faire connaître Haïti ne consiste pas seulement à célébrer ce que le pays possède déjà.

Il faut aussi faire circuler ses créations, ses produits, ses histoires et ses talents ; permettre aux personnes de se rencontrer ; relier culture et économie ; créer des occasions de coopération.

Une fidélité qui traverse les années

Parmi les présences haïtiennes figurait également Carline Irantus, avec Saveur Créole 509.

Notre relation est beaucoup plus ancienne.

Je préfère ici simplement en retenir la fidélité : certaines personnes traversent les années et réapparaissent dans des circonstances nouvelles.

Retrouver aujourd’hui Carline alors qu’elle fait vivre et connaître la gastronomie haïtienne donnait à cette rencontre une profondeur particulière.

Je reviendrai certainement, un jour, plus longuement sur cette histoire.

Saveur Créole 509 et la cheffe Carline Irantus au SAGASDOM.

Un film, une ville, une table, un savoir-faire

Cette semaine avait commencé avec Jacmel sur un écran parisien.

Elle s’est poursuivie par les questions posées autour de la place de la diaspora.

Elle s’est achevée au milieu des saveurs, des produits, des entrepreneurs, des chefs et des initiatives haïtiennes du SAGASDOM.

Chefs, professionnels et acteurs des cuisines du monde réunis au Pavillon de Gravelle.

Ces univers sont différents.

Mais ils participent tous, à leur manière, à la représentation d’un pays.

C’est aussi ainsi que je conçois progressivement la diplomatie culturelle : non comme une succession de cérémonies, mais comme une capacité à faire circuler des œuvres, des récits, des savoir-faire et des relations.

Elle passe par les institutions, naturellement.

Mais elle peut également passer par un film, une ville, une assiette, un produit agricole, un livre, une conversation ou une rencontre.

Haïti, Terre de Saveurs – SAGASDOM 2026.

Je remercie Son Excellence M. Louino Volcy, ambassadeur d’Haïti en France, et l’Ambassade pour leur confiance et leurs différentes invitations au cours de cette semaine.

Je remercie également Isabelle Kancel et le Collectif Femmes Unies, dont les initiatives et les mises en relation ont contribué, depuis la JIFA à l’UNESCO, à faire naître plusieurs de ces passerelles.

La diplomatie culturelle ne passe pas seulement par les institutions. Elle passe aussi par un film, une ville, une table, un produit, un savoir-faire — et par les femmes et les hommes qui créent des ponts.