Auditorium de l’Hôtel de Ville de Paris – Le drapeau haïtien : mémoire, transmission et diplomatie culturelle

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Hommage au drapeau haïtien – « Porter le drapeau : mémoires, cultures et engagements haïtiens en diaspora »

16 mai 2026 – Auditorium de l’Hôtel de Ville de Paris – Événement organisé par Zenix Gouvernance

Le 16 mai 2026, j’ai participé à la cérémonie Hommage au drapeau haïtien – Mémoire et expressions en diaspora, organisée à l’auditorium de l’Hôtel de Ville de Paris, à l’approche de la Journée nationale du drapeau célébrée chaque 18 mai.

Cette rencontre ne se limitait pas à commémorer un emblème national. Elle invitait à réfléchir à ce que le drapeau transmet, à ce qu’il exige de nous et à la manière dont la diaspora peut contribuer à représenter Haïti autrement.

J’y suis intervenu comme Franco-Haïtien, fils de Jean Métellus et président de l’Association des Amis de Jean Métellus, autour d’un thème qui traverse une grande partie de mon engagement : la culture et la diplomatie culturelle comme instruments de mémoire, de reconstruction et de rayonnement.

Repères

Date : 16 mai 2026

Lieu : auditorium de l’Hôtel de Ville de Paris

Événement : Hommage au drapeau haïtien – Mémoire et expressions en diaspora

Intervention : Culture et diplomatie culturelle : comment représenter Haïti autrement ?

Rôle : intervenant, président de l’Association des Amis de Jean Métellus et fils de Jean Métellus

Fil conducteur : drapeau, mémoire, culture, transmission, diaspora et diplomatie culturelle

Un drapeau chargé d’histoire

Le drapeau haïtien n’est pas seulement un signe de reconnaissance ou d’appartenance. Il porte l’histoire d’un peuple qui a conquis sa liberté et affirmé son droit à décider de son propre destin.

Le bleu et le rouge rappellent cette rupture fondatrice, mais aussi le rassemblement nécessaire pour construire une nation.

Célébrer le drapeau ne peut donc pas consister uniquement à regarder vers le passé. C’est aussi se demander ce que nous faisons aujourd’hui de cet héritage et de la liberté qui nous a été transmise.

Trois mots guidaient ma prise de parole : la force, la volonté et la victoire.

La force nécessaire pour rompre avec l’ordre colonial. La volonté de faire tenir ensemble des femmes et des hommes aux parcours différents. La victoire, enfin, non comme un acquis définitif, mais comme une responsabilité à prolonger.

Un symbole demeure vivant lorsqu’il continue de nous interroger et de nous mettre en mouvement.

Catherine Flon : assembler ce qui a été séparé

Parler du drapeau haïtien conduit naturellement à évoquer Catherine Flon, figure associée à la création du bicolore en mai 1803, lors du congrès de l’Arcahaie.

Son geste est devenu l’un des grands récits fondateurs de notre histoire : retirer le blanc du drapeau français, rapprocher le bleu et le rouge, puis les coudre ensemble.

À travers son œuvre, Jean Métellus a donné à ce geste une profondeur particulière.

Dans Visages de femmes, Catherine Flon n’est pas seulement celle qui assemble deux bandes de tissu. Elle devient une figure de réparation, de courage et de fondation.

Ravauder, raccommoder, repriser : ces gestes simples disent quelque chose de la construction d’un peuple. Ils consistent à rapprocher ce qui a été séparé, à réparer ce qui a été déchiré et à redonner une forme à ce qui risquait de se défaire.

Cette image dépasse largement la naissance du drapeau. Elle peut aussi éclairer notre présent.

Haïti a besoin de reconstruire des liens, de faire dialoguer ses générations, de rapprocher son territoire et ses diasporas, et de retrouver dans sa culture des raisons de croire en une histoire commune.

La culture comme espace de réparation

La culture ne résout pas à elle seule les difficultés politiques, économiques ou sociales d’un pays. Mais elle possède une force particulière : elle permet à une communauté de conserver ses repères, de transmettre son histoire et de se représenter elle-même.

La littérature, la musique, la peinture, le théâtre et la parole publique peuvent réparer des représentations abîmées. Ils rappellent qu’un pays ne se résume jamais aux crises dont parlent les médias.

Haïti est trop souvent enfermée dans un récit fait d’instabilité, de pauvreté, de violence et de catastrophes. Ces réalités existent et ne doivent pas être dissimulées. Mais elles ne disent pas tout.

Elles ne disent pas la puissance de la création haïtienne, la richesse de son histoire, la vitalité de sa jeunesse, la force de ses écrivains et de ses artistes, ni l’énergie de celles et ceux qui continuent à agir sur le territoire comme dans la diaspora.

Représenter Haïti autrement ne signifie donc pas fabriquer une image artificielle ou nier les difficultés. Cela signifie refuser qu’elles deviennent l’unique définition du pays.

De la culture à la diplomatie culturelle

La diplomatie culturelle commence lorsque les œuvres, les idées et les récits franchissent les frontières.

Un poème, une pièce de théâtre, une peinture, une chanson ou une prise de parole peuvent modifier le regard porté sur un pays. Ils permettent d’entrer dans son histoire autrement que par l’actualité immédiate.

C’est l’un des sens de mon engagement à la tête de l’Association des Amis de Jean Métellus.

Faire vivre l’œuvre de Jean Métellus ne consiste pas seulement à préserver des livres ou à honorer une mémoire familiale. Il s’agit de remettre ses textes en circulation, de les transmettre à de nouveaux lecteurs et de créer, autour d’eux, des rencontres entre Haïti, la France et l’espace francophone.

Cette démarche rejoint une conviction plus large : la diaspora ne doit pas seulement commenter ce qui arrive à Haïti. Elle peut aussi devenir une force de médiation, de transmission et de mise en relation.

Elle peut ouvrir des portes aux artistes et aux auteurs, rapprocher des institutions, accompagner la jeunesse et contribuer à faire entendre d’autres récits sur le pays.

Des expressions et des parcours en dialogue

La richesse de cette cérémonie tenait également à la diversité des voix réunies.

Autour de Philomé Robert, qui assurait la modération, les interventions ont fait dialoguer l’histoire et la géographie avec Jean-Marie Théodat, le leadership et l’action collective avec Ruth Pierre, l’intelligence économique avec Pierre-Stanley Perono, ainsi que l’art, la jeunesse, les identités et la transmission intergénérationnelle.

Ces regards complémentaires donnaient tout son sens au sous-titre de la rencontre : Mémoire et expressions en diaspora.

La diaspora haïtienne n’est pas un ensemble uniforme. Elle rassemble des générations, des métiers, des sensibilités et des histoires très différentes. Sa force réside précisément dans sa capacité à faire dialoguer cette diversité autour de responsabilités communes.

Le drapeau pouvait alors apparaître non comme un décor placé derrière les intervenants, mais comme le point de rencontre de leurs engagements.

Quand la voix laisse passer l’émotion

Pour conclure mon intervention, j’ai choisi de relire un passage de Jean Métellus tiré d’Haïti, une nation pathétique, publié en 1987.

Ces mots étaient à la fois ceux d’un écrivain parlant de son pays et ceux de mon père.

Au moment de les prononcer, l’émotion est devenue visible dans ma voix. En revoyant ensuite les images, je me suis d’abord demandé si elle ne l’était pas trop.

J’ai finalement compris qu’elle était simplement à sa place.

Face au drapeau, face à l’histoire d’Haïti et face aux mots de Jean Métellus, certains textes ne se récitent pas seulement. Ils traversent celui qui les porte avant d’être transmis à ceux qui les écoutent.

La phrase par laquelle s’ouvrait l’extrait conserve pour moi toute sa puissance :

« Haïti est le plus beau et le plus ravissant pays du monde. »

Il ne s’agissait pas d’un regard naïf sur Haïti, encore moins d’une négation de ses blessures. C’était une déclaration d’attachement, mais aussi une invitation à regarder le pays dans toute sa profondeur.

Voir et écouter l’extrait
En conclusion de mon intervention, j’ai relu un passage de Jean Métellus tiré d’Haïti, une nation pathétique (1987). Une lecture au cours de laquelle l’émotion est devenue une part du message.

Faire du symbole une responsabilité

Je remercie Williamson Belfort, Jean-Marie Théodat et Watson Charles pour leur invitation, ainsi que Philomé Robert pour la qualité de son animation et pour avoir permis de conserver une trace vivante de ce moment.

Je remercie également toutes les personnes qui ont participé à cette rencontre et contribué à faire de la cérémonie un espace de réflexion, d’émotion et de transmission.

Le drapeau haïtien appartient à notre histoire. Mais il nous appartient surtout de décider ce que nous voulons continuer à en faire.

Le célébrer, c’est honorer celles et ceux qui l’ont créé et défendu. C’est aussi prolonger leur geste : rapprocher ce qui a été séparé, réparer ce qui a été abîmé et transmettre aux générations suivantes la responsabilité de faire vivre une nation.

Entre mémoire et avenir, entre Haïti et sa diaspora, le drapeau reste un appel.

Un appel à tenir ensemble.

Cette page restitue les grandes lignes de mon intervention. Elle n’en constitue pas une transcription intégrale.

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