Du 9 au 11 juin 2026, le Carreau du Temple à Paris a accueilli la troisième édition du Mondial du Rhum. Haïti, invitée d’honneur, y était représentée par ses producteurs, ses entrepreneurs, ses artistes et plusieurs acteurs de sa diaspora.
J’ai eu le plaisir de participer aux deux dernières journées de cette manifestation, à l’invitation de Patrick Loger, fondateur du Mondial du Rhum.
Ce rendez-vous ne se limitait pas à présenter des spiritueux. Il proposait une traversée des terres, des gestes, des lignées et des savoir-faire qui se trouvent derrière chaque produit.
J’y ai vu une Haïti dense, multiple, active, fière de ses héritages et tournée vers le monde.
Repères
Dates : du 9 au 11 juin 2026
Lieu : Carreau du Temple, Paris
Édition : troisième édition du Mondial du Rhum
Fondateur : Patrick Loger
Pays invité d’honneur : Haïti
Dimensions représentées : spiritueux, agriculture, cacao, gastronomie, artisanat, arts, entrepreneuriat et tourisme
Fil conducteur : valoriser les terroirs, les savoir-faire et les femmes et les hommes qui les transmettent
Derrière chaque verre, un territoire
Le rhum et le clairin ne sont jamais seulement des boissons. Ils portent une terre, une histoire, des techniques de production et des traditions transmises au fil des générations.
En Haïti, la culture de la canne et la distillation sont profondément liées aux territoires ruraux, aux guildives, aux gestes des producteurs et à une économie qui demeure souvent familiale ou artisanale.
Le Mondial du Rhum permettait de montrer cet héritage, mais aussi les possibilités de modernisation, de certification et de développement international des filières haïtiennes.
Il ne s’agissait donc pas seulement de célébrer un produit. Il s’agissait de rendre visibles les territoires, les producteurs et les chaînes de valeur qui peuvent contribuer au développement économique du pays.
Des spiritueux entre héritage et projection internationale
Parmi les rencontres marquantes, celle avec Jean-Didier Gardère, fondateur d’UNICA SA – La Distillerie 1716, occupait une place particulière.
À travers ses rhums, ses clairins et ses bitters, il porte une démarche qui conjugue tradition familiale, valorisation des produits haïtiens et ambition internationale.
Notre échange avait aussi pour moi une dimension personnelle. J’ai bien connu sa mère et cette mémoire familiale donnait à la rencontre une profondeur supplémentaire. Derrière une marque et un parcours entrepreneurial apparaissait ainsi une filiation, faite de souvenirs, de fidélité et de transmission.
J’ai également échangé avec Fabian Chapoteau, de Noble Spirit, dont le travail associe les produits du terroir haïtien, le vieillissement et la recherche de nouveaux arômes.
La rencontre avec Claudine Neisson, grande figure du rhum martiniquais, et Beauvoir Leriche a permis d’élargir les échanges aux savoir-faire caribéens et au clairin de Léogâne.
Ces démarches montrent que les spiritueux haïtiens peuvent porter une double exigence : préserver leur identité tout en trouvant leur place sur des marchés plus vastes.

Le cacao et les autres richesses du terroir
Le Mondial racontait aussi une Haïti qui ne se résume pas à la canne et au rhum.
J’y ai rencontré Jean Chesnel Jean, fondateur d’Ayitika, entreprise engagée dans la valorisation du cacao et la production de chocolat haïtien.
Son parcours rappelle l’importance de transformer davantage les ressources sur place. Produire du cacao est essentiel ; être capable de le sélectionner, de le transformer, de créer une marque et de porter un chocolat haïtien sur les marchés nationaux et internationaux permet de conserver davantage de valeur dans le pays.
Cette exigence concerne de nombreuses filières : cacao, café, vétiver, fruits, épices, artisanat ou gastronomie.
Haïti possède des produits de grande qualité. L’enjeu consiste à mieux structurer les chaînes de production, accompagner les entrepreneurs, répondre aux normes nécessaires et raconter l’histoire des territoires dont ces produits sont issus.

Quand la gastronomie met les territoires en dialogue
La dégustation proposée par La Machine à Coudes avec le chef Rémi Braflan fut une autre belle illustration de cette capacité à créer des rencontres.
Les huîtres flambées au clairin associaient la mer, le feu, la Caraïbe et une forme d’audace culinaire. Un produit traditionnel haïtien entrait ainsi en dialogue avec un autre univers gastronomique.
Ce type de création montre que le patrimoine ne reste vivant que s’il sait aussi se réinventer.
La gastronomie permet de faire connaître un produit autrement, de toucher de nouveaux publics et de donner aux savoir-faire traditionnels une place dans la création contemporaine.
Le rhum et le clairin deviennent alors des passeurs : ils racontent une terre tout en ouvrant de nouvelles possibilités.

L’art et l’artisanat dans le même mouvement
La présence haïtienne s’exprimait également à travers la peinture, l’artisanat et les nombreuses rencontres avec les acteurs de la diaspora.
J’y ai retrouvé ou rencontré des représentants de la galerie Marassa, des artisans, des élus, des universitaires, des entrepreneurs et plusieurs personnalités engagées dans le rayonnement d’Haïti.
Parmi eux figuraient notamment Ronald Métellus, maire de Payen, Sarah Noël, Ruth Pierre, Mozna Charles, Marie Pignier, Laurie Pierre et Jean-Marie Théodat.
Cette diversité avait du sens. Un territoire ne rayonne jamais par un seul produit. Il rayonne par l’ensemble de ce qu’il crée : ses goûts, ses œuvres, ses gestes, ses récits et les personnes qui les portent.
En réunissant spiritueux, gastronomie, peinture, artisanat et entrepreneuriat, le Mondial du Rhum donnait à voir un véritable écosystème culturel et économique.

Une diplomatie des terroirs et des savoir-faire
Cette manifestation m’a conforté dans une conviction : la diplomatie culturelle et la diplomatie économique avancent ensemble.
Un rhum, un clairin, un chocolat, une œuvre d’art ou un objet artisanal peuvent devenir des instruments de rayonnement. Ils permettent de faire connaître un territoire, d’ouvrir une conversation et de modifier le regard porté sur un pays.
Haïti est trop souvent présentée uniquement à travers ses crises. Le Mondial du Rhum montrait une autre réalité : celle d’un pays capable de produire, de créer, d’entreprendre et de transmettre.
Cette autre image ne nie pas les difficultés. Elle refuse simplement qu’elles résument à elles seules le pays.
Elle rappelle qu’Haïti sait aussi se présenter au monde dans sa grandeur : par ses terres, ses goûts, ses œuvres, ses entrepreneurs et ses passeurs.
Transformer les héritages en avenir
Je remercie Patrick Loger pour son invitation et pour l’ambition portée par le Mondial du Rhum : faire dialoguer les territoires, les cultures et les acteurs économiques à partir d’un patrimoine vivant.
Je remercie également toutes celles et ceux avec qui j’ai eu le plaisir d’échanger pendant ces deux journées.
Je garde tout particulièrement la mémoire de ma rencontre avec Jean-Didier Gardère, parce qu’elle réunissait plusieurs dimensions qui me sont chères : l’héritage familial, l’entrepreneuriat, la transmission et la capacité à porter l’excellence haïtienne au-delà de ses frontières.
Le rhum, dans ce cadre, n’était pas seulement un produit.
Il devenait une diplomatie : une manière de présenter Haïti dans sa richesse, de relier les personnes et les territoires, et de transformer les héritages en avenir.
