Haïti, les Outre-mer et la France : passer des liens aux partenariats

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Du 22 au 26 juin 2026, j’ai participé au Forum économique « Outre-mer français de la Caraïbe – Haïti », organisé à Paris à l’initiative de la sénatrice de Saint-Barthélemy Micheline Jacques, présidente de la Délégation sénatoriale aux outre-mer par Murielle Jalton.

Cette semaine de rencontres a réuni des responsables institutionnels haïtiens, des élus, des représentants d’organisations économiques, des entrepreneurs venus d’Haïti, des Outre-mer et de France, ainsi que de nombreux acteurs engagés dans le développement de la coopération régionale.

Au-delà des échanges économiques, cette séquence portait une ambition : faire évoluer les relations entre Haïti, les territoires français de la Caraïbe et la France, afin de passer progressivement des liens historiques et culturels à des partenariats concrets et durables.

Repères

Dates : du 22 au 26 juin 2026

Lieux principaux : Palais du Luxembourg, ministère de l’Agriculture, Agence française de développement et Parc des Princes

Initiative : Micheline Jacques, sénatrice de Saint-Barthélemy et présidente de la Délégation sénatoriale aux outre-mer

Objectif : identifier des possibilités concrètes d’investissement et de coopération entre Haïti et les Outre-mer français de la Caraïbe

Filières étudiées : agriculture, agro-transformation, bâtiment, énergie, canne et rhum, industrie, logement social, tourisme, transport et logistique, traitement des déchets, entrepreneuriat et financement

Construire des partenariats économiques d’avenir

Le Forum partait d’un constat simple : Haïti et les territoires français de la Caraïbe disposent de nombreuses complémentarités encore insuffisamment exploitées.

Ils partagent une proximité géographique, une histoire, des langues et des affinités culturelles. Les Outre-mer disposent également de savoir-faire techniques, d’un environnement normatif européen et d’un ancrage institutionnel susceptibles de contribuer à la reprise des investissements productifs en Haïti.

De son côté, Haïti représente, avec près de douze millions d’habitants, le plus important marché francophone des Amériques. Elle possède des terres, des compétences, une jeunesse entreprenante et des capacités de production qui peuvent répondre à certains besoins des économies caribéennes.

Il s’agissait donc de ne pas limiter la relation à l’aide ou à la solidarité, aussi indispensables soient-elles, mais de préparer également une coopération fondée sur l’investissement, la création de valeur, la réciprocité et des échanges mutuellement bénéfiques.

Onze filières pour faire émerger des projets

Pendant cinq jours, les travaux ont abordé onze filières considérées comme prioritaires.

Il a notamment été question de l’environnement des affaires, du risque pays et du cadre juridique des investissements ; de la reconstruction, du bâtiment et de l’énergie ; de la connectivité maritime et aérienne ; de l’agriculture et de l’agro-transformation ; des normes européennes ; de l’industrie manufacturière ; du traitement des déchets ; du logement social ; du tourisme ; des mécanismes de financement et de la structuration de l’activité économique informelle.

La diversité de ces sujets montrait bien l’ampleur des défis, mais aussi celle des possibilités.

L’objectif n’était pas seulement de dresser un état des lieux. Les rencontres devaient permettre de recenser des intentions de partenariat, de faire apparaître des projets pilotes, d’établir des feuilles de route sectorielles et de préparer les conditions d’un suivi entre entreprises, institutions et chambres de commerce.

Une semaine de travaux consacrée aux partenariats économiques entre Haïti et les Outre-mer français de la Caraïbe.

Regarder Haïti à partir de ses forces

Je retiens surtout de cette semaine une conviction : Haïti ne doit pas être regardée uniquement à travers ses difficultés.

La situation sécuritaire et ses conséquences économiques ne peuvent évidemment pas être ignorées. Elles ont été abordées directement, notamment lors des échanges consacrés au climat des affaires et à la confiance des investisseurs.

Mais préparer l’avenir impose aussi de regarder Haïti à partir de ses forces : ses entrepreneurs, ses filières productives, ses savoir-faire, sa jeunesse, sa diaspora et sa place naturelle dans l’espace caribéen francophone.

La stabilité ne pourra pas reposer uniquement sur des réponses institutionnelles ou sécuritaires. Elle suppose également une économie capable de produire, d’investir, de créer des emplois et d’offrir des perspectives.

Ouvrir les réseaux

La participation à la Grande Assemblée des Entrepreneurs de la CPME, le 25 juin au Parc des Princes, a prolongé cette dynamique.

Ce grand rendez-vous de l’entrepreneuriat français réunissait plusieurs milliers de dirigeants, décideurs publics, experts et partenaires. Pour les participants haïtiens et ultramarins, cette présence représentait une occasion supplémentaire d’ouvrir des réseaux, de confronter les expériences et de créer les conditions de futurs projets.

Dans ce type de rencontre, la mise en relation n’est jamais accessoire. Elle constitue souvent le premier acte d’une coopération : permettre aux bonnes personnes de se connaître, de comprendre leurs besoins respectifs et d’identifier les complémentarités possibles.

La Grande Assemblée des Entrepreneurs de la CPME, le 25 juin 2026 au Parc des Princes

Diplomatie économique et diplomatie culturelle

Cette semaine m’a aussi conforté dans une idée qui guide de plus en plus mon engagement : diplomatie économique et diplomatie culturelle ne sont pas deux mondes séparés.

Les projets durables ne naissent pas seulement de tableaux financiers, de normes ou de mécanismes de financement. Ils reposent aussi sur une connaissance mutuelle, une mémoire partagée, une confiance construite dans le temps et une capacité à comprendre ce qui relie les territoires et les personnes.

La conclusion de la semaine chez le chef Jean-Rony Leriche, à l’invitation de l’ambassadeur d’Haïti en France Louino Volcy, autour de la gastronomie caribéenne et d’un rhum produit en Haïti, en fut une belle illustration.

Les partenariats commencent parfois dans une salle institutionnelle. Ils se consolident aussi autour d’une table, dans la conversation, l’écoute et la parole tenue.

Transformer les rencontres en engagements

Je remercie la sénatrice Micheline Jacques, Murielle Jalton pour son implication déterminante, l’ambassadeur Louino Volcy, les organisateurs, les institutions mobilisées, les entrepreneurs présents et toutes celles et ceux avec qui j’ai eu le plaisir d’échanger pendant cette semaine.

Je pense également à Christopher Joseph et au Haitian Economic Network, dont la démarche témoigne de la volonté d’une diaspora active de mettre en relation les talents, les projets et les possibilités d’investissement.

Jean Métellus écrivait dans La Peau et autres poèmes : « Chaque jour progresser vers la bonté […] Apprivoiser la beauté ».

Construire des partenariats durables, c’est peut-être aussi avancer avec exigence, créer de la confiance et faire émerger du concret, sans jamais perdre de vue ce qui relie profondément les femmes, les hommes et les territoires.

Haïti a besoin de projets. La France et les Outre-mer ont besoin de ponts solides avec la Caraïbe. Il nous appartient maintenant de transformer ces rencontres en engagements durables.